Un stylo à prix d’or

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Un stylo à prix d’or

Baol, rase campagne. Il est treize heures. Un bruit assourdissant de tonnerre interrompt soudainement l’accalmie de la mi-journée. Massés le long de la piste latéritique, villageois, badauds et autres curieux courent aux nouvelles. Ils regardent défiler un convoi de voitures 4×4 et de pick-up roulant à vive allure. Les tourbillons de poussières ocres soulevés par les bolides surplombent un moment les foules ; ils s’échappent ensuite pour se dissiper au loin dans la steppe dénudée.

Un croisement en vue. Le convoi ralentit, cafouille un instant avant de s’engager sur une piste sablonneuse. Cinq kilomètres plus loin, un tableau en tôle rouillée indique Thialane en caractères français et arabes. Le chef de convoi donne l’ordre de stationner devant la concession du vénéré Serigne Thierno. Les voitures font halte.

Un bon quart d’heure sans le signe d’un accueil. Le boss s’impatiente. Moulaye le chef de protocole descend de voiture et disparaît à l’intérieur de l’habitation avant d’en ressortir talonné par le majordome du marabout. Pieds nus, l’homme chauve au caftan bardé d’une large ceinture à bretelles conduit les hôtes sous un abri meublé de fauteuils et leur demande de patienter. A une distance respectable, un grand hangar abrite une foule d’indigènes entassés les uns les autres et jasant à gosier ouvert.

Le boss s’énerve. Pour la énième fois, son chargé de com lui répète avoir pris toutes les dispositions pour la tenue de l’audience avec Serigne Thierno en heure et date.

Sur ces moments, survient le bras droit du Calife pour signifier aux visiteurs que le saint homme en retraite spirituelle est dans l’impossibilité de les recevoir.

Le leader du Parti sent un instant la terre se dérober sous ses pieds. Il regrette à mort de ne pouvoir obtenir du saint de Dieu le stylo tant convoité ; l’écritoire fétiche qui ouvre droit les portes du palais présidentiel à tout candidat qui en est détenteur. Que faire des énormes quantités de riz, d’huile, de savons, de cartons de sucre et de thé estimées à des millions de francs CFA et convoyées à Thialane pour entrer dans les grâces du marabout ?

Le bras droit du Calife réplique : << C’est curieux Monsieur, dire que de Dakar à Thialane vous n’avez trouvé un seul demandeur pour ces dons. Ne vous en faites pas ; je puis vous assurer qu’il n’en manque pas par ici >>. En un signe de main, les indigènes accourent en hordes surexcitées et se font distribuer les vivres jusqu’au dernier grain de riz.

Le cœur gai, les pauvres regagnent leurs villages et hameaux respectifs en nourrissant le vœu que l’élection présidentielle soit désormais annuelle car c’est le seul moment où le peuple est servi comme il sied à un vrai roi.

Trounce-Wikipedia Commons

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